Eléments

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bozart
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Eléments

Messagepar bozart » 15 janvier 2024 à 21h05

Si cela vous inspire, n'hésitez pas à laisser un avis :
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VVDV.63
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Messagepar VVDV.63 » 15 janvier 2024 à 21h22

trop trop beau ce chevalier blessé bravo2 bravo2

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miguelcervantes
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Messagepar miguelcervantes » 15 janvier 2024 à 22h41

Une photo de feu, de choses qui s’embrasent.

Une photo aussi qui me rappelle des clichés de l’espace intersidéral.

Ton titre, « Éléments », m’interpelle.

L’élément ici, c’est le feu, selon la tradition ancestrale.

Le feu n’est pas un élément selon la science moderne, mais il reste un élément dans notre imaginaire, comme en témoigne notamment l’historien des sciences Gaston Bachelard.

François super11 tchin

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Messagepar Dmargeur » 16 janvier 2024 à 09h45

Une explosion intérieure qui éclate à l'extérieur...l'aboutissement d'une grande douleur...
Tout est ART ?

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JL62
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Messagepar JL62 » 16 janvier 2024 à 10h40

Une texture qui laisse libre cours à notre imaginaire. J'y vois un espace sidéral , un amas d'astéroïdes bravo2
Amicalement - JeanLouis

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VVDV.63
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Messagepar VVDV.63 » 17 janvier 2024 à 09h28

Je suis surpris que personne n'ai vu mon "chevalier"
sa tête est au sommet il regarde à gauche . on a le nez la bouche et le menton . Sa carotide tranchée et du sang est projeté vers la gauche
party timide1 dingo 1fume

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Messagepar ALAINPHOTOCANON » 17 janvier 2024 à 09h55

Rien ne me vient a l'esprit pour imaginer ce que c'est !

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Claudius
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Messagepar Claudius » 17 janvier 2024 à 17h29

Ca cause, ça percute, ça interpelle ! bravo2 bravo2
Toutes mes photos sont parties à la poubelle; c'est une avancée décisive.

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bozart
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Messagepar bozart » 17 janvier 2024 à 21h24

VVDV.63 a écrit :Je suis surpris que personne n'ai vu mon "chevalier"
sa tête est au sommet il regarde à gauche . on a le nez la bouche et le menton . Sa carotide tranchée et du sang est projeté vers la gauche


Le "chevalier " et la notion d'espace sidéral ont accompagné cette photo quand je l'ai préparée.
Je vois très bien le chevalier décrit, dont la tête serait au sommet.
Celui qui m'est venu à l'esprit est différent : tout le côté gauche composerait son profil, très semblable à celui d'un personnage de BD imaginé par Philippe Druillet : l'horrible et amoral VUZZ.
Mais ce n'est pas le seul qui vienne à l'esprit, entre coulées de lave et autres interactions supposées.

Je vous montre cet infect VUZZ (source : http://www.encheres-nantes-labaule.com/ ... -libris-de)

Merci à tous pour avoir pris le temps de commenter !
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bozart
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Messagepar bozart » 17 janvier 2024 à 21h28

miguelcervantes a écrit :
L’élément ici, c’est le feu, selon la tradition ancestrale.
Le feu n’est pas un élément selon la science moderne, mais il reste un élément dans notre imaginaire, comme en témoigne notamment l’historien des sciences Gaston Bachelard.


En effet, et merci d'apporter cette précision.
Mon titre est au pluriel, je l'envisageais avec la présence d'eau, de minéral et de terre : je n'ai pas pensé au feu comme élément, mais comme principe dynamique, c'est lui qui apporte le mouvement, une puissance rapide, fulgurante.

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miguelcervantes
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Messagepar miguelcervantes » 17 janvier 2024 à 22h17

bozart a écrit : En effet, et merci d'apporter cette précision.
Mon titre est au pluriel, je l'envisageais avec la présence d'eau, de minéral et de terre : je n'ai pas pensé au feu comme élément, mais comme principe dynamique, c'est lui qui apporte le mouvement, une puissance rapide, fulgurante.


Merci pour ton retour sur mon commentaire, Bozart.

Le feu, en effet, n’est pas un « élément » dans la physique moderne. C’est l’un des quatre éléments de la physique ancienne, traditionnelle, avec l’eau, l’air et la terre. Aucun d’eux n’est reconnu comme tel par la physique moderne, c’est-à-dire dans le tableau périodique des éléments de la chimie et de la physique.

Le feu, l’eau, l’air et la terre demeurent toutefois, selon notamment l’historien des sciences Gaston Bachelard, des éléments primordiaux de notre imaginaire.

En tant qu’amateur de poésie, j’ai cru remarquer, à l’instar de Bachelard, que les poètes avaient tendance à écrire sous l’emprise dominante d’un élément traditionnel particulier : le feu, l’eau, l’air ou la terre. Il ne me semble pas ici s’agir d’un choix conscient, mais effectivement d’une « emprise ».

J’ai étudié surtout la poésie québécoise, et j’y ai reconnu de nombreux poètes de la terre au cours des dernières décennies, par exemple Gilles Vigneault, Gatien Lapointe et Gaston Miron.

Je crois que les grands artistes du passé, qu’ils soient poètes ou peintres, tendent à obéir à l’emprise d’un élément traditionnel particulier. Pour Van Gogh, par exemple, c’est manifestement le Feu. Tout est en combustion dans ses tableaux comme dans l’âtre du foyer. Nous sommes sans doute toi et moi d’accord à ce sujet.

J’ai vu jusqu’à maintenant bien peu de tes photos ici, Bozart. Mais j’ai tendance à croire que ton imaginaire est sous le signe du feu. Ce ne me semble pas être un choix conscient de ta part. Je dirais que c’est une « emprise ».

Cela dit, loin de moi le souci de vouloir ici limiter l’espace des poètes, des peintres et des artistes. Selon mes lectures et visionnements, dans biens des cas il est difficile de préciser la dominante « élémentale ».

Le fait me semble aussi que les artistes n’aiment pas que les critiques les enferment dans tel ou tel espace. Un jour notamment, ayant suggéré à un ami poète qu’il était sous le signe du feu, il a réagi en écrivant autre chose pour montrer qu’il pouvait se libérer de son emprise. Je n’ai pas été convaincu.

Et toi, Bozart? Si je suggère que tu es sous l’emprise du feu, qu’en diras-tu? N’y a-t-il pas souvent, voire toujours, quelque chose qui brûle ou se consume dans tes photos?

Qu’est-ce que le feu dans notre imaginaire? Il est intéressant de lire Bachelard à ce sujet.

Quant aux artistes, ils me semblent s’inspirer bien davantage de leur ressenti, de leur expérience vécue, de leur « nécessité intérieure », que de leurs lectures ou de la science.

François super11 1zen tchin

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Messagepar bozart » 19 janvier 2024 à 23h23

Oui, bien sûr, si on considère la chimie, le feu ou l'eau, la terre, etc, ce ne sont en effets pas des éléments, mais des combinaisons, ou des réactions chimiques.

Mais je ne crois pas que l'on puisse définir aussi simplement un artiste comme tu le suggères pour Van Gogh avec l'idée du feu. Je ne crois pas à une forme " d'emprise ".
La vie, la création et le cheminement d'un artiste sont bien plus complexes, faits d'interactions et de toutes sortes de décisions, opportunités, événements....

miguelcervantes a écrit : Et toi, Bozart? Si je suggère que tu es sous l’emprise du feu, qu’en diras-tu? N’y a-t-il pas souvent, voire toujours, quelque chose qui brûle ou se consume dans tes photos? [...] Quant aux artistes, ils me semblent s’inspirer bien davantage de leur ressenti, de leur expérience vécue, de leur « nécessité intérieure », que de leurs lectures ou de la science.


Je ne pense pas être sous l'emprise, ni du feu, ni d'autre chose.
Je parlerais plus volontiers d'une forme d'énergie et d'une fascination pour la puissance de la vie - considérée dans toutes ses dimensions, sa complexité et sa force.

Les sources d'inspiration ne peuvent pas sortir du néant : toute "nécessité intérieure " est le résultat d'interactions avec le réel. Tout domaine, et bien sûr aussi les sciences, font partie de ce qui peut donner lieu à des créations.

Merci en tout cas, pour l'intérêt que tu portes à ce que je présente ici !

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miguelcervantes
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Messagepar miguelcervantes » 20 janvier 2024 à 00h27

bozart a écrit : Oui, bien sûr, si on considère la chimie, le feu ou l'eau, la terre, etc, ce ne sont en effets pas des éléments, mais des combinaisons, ou des réactions chimiques.

Mais je ne crois pas que l'on puisse définir aussi simplement un artiste comme tu le suggères pour Van Gogh avec l'idée du feu. Je ne crois pas à une forme " d'emprise ".
La vie, la création et le cheminement d'un artiste sont bien plus complexes, faits d'interactions et de toutes sortes de décisions, opportunités, événements....

miguelcervantes a écrit : Et toi, Bozart? Si je suggère que tu es sous l’emprise du feu, qu’en diras-tu? N’y a-t-il pas souvent, voire toujours, quelque chose qui brûle ou se consume dans tes photos? [...] Quant aux artistes, ils me semblent s’inspirer bien davantage de leur ressenti, de leur expérience vécue, de leur « nécessité intérieure », que de leurs lectures ou de la science.


Je ne pense pas être sous l'emprise, ni du feu, ni d'autre chose.
Je parlerais plus volontiers d'une forme d'énergie et d'une fascination pour la puissance de la vie - considérée dans toutes ses dimensions, sa complexité et sa force.

Les sources d'inspiration ne peuvent pas sortir du néant : toute "nécessité intérieure " est le résultat d'interactions avec le réel. Tout domaine, et bien sûr aussi les sciences, font partie de ce qui peut donner lieu à des créations.

Merci en tout cas, pour l'intérêt que tu portes à ce que je présente ici !


C’est un grand plaisir pour moi, Bozart, de discuter ici avec des artistes comme toi.

Je mets en doute toutes mes théories, fondées notamment sur mon ressenti et ma lecture des œuvres de Gaston Bachelard.

C’est notamment en discutant avec des artistes, des poètes, des créateurs que je les mets à l’épreuve.

Je ne sais pas si Bachelard avait raison. Mais ses œuvres m’ont interpellé. Je les ai connues notamment dans mes cours de critique littéraire, il y a bien longtemps, près d’un demi-siècle. Elles m’interrogent encore aujourd’hui.

Tu écris : « Je ne pense pas être sous l'emprise, ni du feu, ni d'autre chose. Je parlerais plus volontiers d'une forme d'énergie et d'une fascination pour la puissance de la vie - considérée dans toutes ses dimensions, sa complexité et sa force. »

Eh bien, le « feu » symbolique, c’est à mon avis justement ça! C’est la puissance de vie qui nous anime, qui fait briller les étoiles et qui entraîne les astres et l’Univers dans une danse éternelle : la danse de Shiva.

J’ai lu bien des poètes. Seule une partie d’entre eux, comme toi, me semblent évoquer l’énergie universelle et la puissance de la vie. Bien d’autres, comme Baudelaire, me semblent évoquer plutôt une « éclipse » de cette puissance, un éloignement douloureux. D’autres, les poètes de la terre, tels Gilles Vigneault, Gatien Lapointe ou Gaston Miron me parlent d’un enracinement dans le sol, y compris d’une revendication du territoire. D’autres enfin, mettons Anne Hébert ou Verlaine, me semblent évoquer des profondeurs sous-marines : un songe solitaire. Ce sont à mes yeux des « poètes de l’eau ».

Quand je lis par exemple ce célèbre vers de Verlaine « Les sanglots longs des violons d’automne bercent mon cœur d’une langueur monotone », je n’y trouve aucune référence à une énergie ou une « puissance de vie ». Idem quand je lis ces mots d’Anne Hébert : « Nous avons eu cette idée de planter nos mains au jardin. Branches des dix doigts. Petits arbres d’ossements. » Je vois dans ces quelques vers une critique de l’enracinement. Le fait est qu’Anne Hébert est une poète déracinée. Née au Québec, elle s’est installée en France, contrairement par exemple à Vigneault, Lapointe et Miron qui sont toujours restés ici au Québec pour parler ici du Québec, de cette terre qu’ils revendiquent.

Pour ma part, si j’étais poète, je serais un « poète de l’air », selon ma nécessité intérieure, comme Hector de Saint-Denys-Garneau, Arthur Rimbaud ou Charles Baudelaire :

« Élévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes ! »


Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal


François super11 merci4 tchin

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miguelcervantes
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Messagepar miguelcervantes » 21 janvier 2024 à 03h38

Complément d’information : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_Bachelard

Les quatre éléments

Bachelard classe les inspirations poétiques en quatre catégories, correspondant aux quatre éléments des Anciens et des alchimistes : l'eau, le feu, l'air et la terre. Il écrit : « La rêverie a quatre domaines, quatre pointes par lesquelles elle s'élance dans l'espace infini. Pour forcer le secret d'un vrai poète [...], un mot suffit : « Dis-moi quel est ton fantôme ? Est-ce le gnome, la salamandre, l'ondine ou la sylphide ? ». » Ces quatre catégories sont autant de méthodes poétiques et psychanalytiques d'approche des textes littéraires.

Dans La Psychanalyse du feu, Bachelard évoque les quatre éléments, bien qu'il centre son ouvrage sur le feu. Ce livre inaugure la série d'ouvrages que Bachelard va consacrer aux éléments : cette série commence donc par le feu, puis l'eau (L'Eau et les rêves : Essai sur l'imagination de la matière), l'air (L'Air et les Songes : Essai sur l'imagination du mouvement), la terre (La Terre et les Rêveries du repos et La Terre et les Rêveries de la volonté), et s'achève par l'élément par lequel Bachelard avait commencé, celui qui le fascine le plus personnellement : le feu, dans son autobiographie La Flamme d'une chandelle. Suzanne Bachelard, sa fille, éditera l'œuvre posthume Fragments d'une Poétique du Feu (constituée de trois chapitres respectivement sur Prométhée, le Phénix et Empédocle), ce qui fait trois ouvrages sur le feu au total.

Bachelard fait référence en particulier aux œuvres d'Henri Bosco et de Novalis pour illustrer ses analyses littéraires. Gérard Valin s'est appuyé sur ces travaux du philosophe pour rapprocher les sources d'inspirations de ces deux "poètes mystiques".

Les poètes

Le feu

Bachelard analyse l'imaginaire du feu et de l'alcool dans La Psychanalyse du feu.

Pour le feu, Bachelard évoque Héraclite, Empédocle, Novalis, Hölderlin, Hoffmann, le Werther de Goethe. Le feu est particulièrement vif dans le courant romantique, à cause de la consumation totale du moi dans la nature qu'il inspire. Les poètes animés par la « salamandre » ont ainsi en commun cette volonté de dispersion du moi dans les choses : la légende dit qu'Empédocle s'est jeté dans l'Etna. Héraclite fait du « feu » (τὸ πῦρ), perpétuellement en devenir, le principe au cœur des choses qui crée et consume le monde sans fin124. Werther finit par se suicider pour un amour impossible. Hölderlin écrit un roman intitulé Hypérion et trois versions d'une tragédie inachevée sur Empédocle, exprimant la nostalgie de ce retour au sein de la Nature, de laquelle il se sent exilé, avant de sombrer dans la folie3 :
« Alors qu'Hypérion choisit une vie qui se mêle plus intimement à la vie de la Nature, Empédocle choisit une mort qui le fond dans le pur élément du Volcan. Ces deux solutions, dit fort bien M. Pierre Bertaux, sont plus proches qu'il ne semble à première vue. Empédocle est un Hypérion qui a éliminé les éléments werthériens, qui, par son sacrifice, consacre sa force et n'avoue pas sa faiblesse ; […]. La mort dans la flamme est la moins solitaire des morts. C'est vraiment une mort cosmique où tout un univers s'anéantit avec le penseur. Le bûcher est un compagnon d'évolution. »
La production poétique de Novalis, quant à elle, fut aussi intense que courte. Bachelard en dit :
« Toute la poésie de Novalis pourrait recevoir une interprétation nouvelle si l'on voulait lui appliquer la psychanalyse du feu. Cette poésie est un effort pour revivre la primitivité. […] Voici alors, dans toute sa claire ambivalence, le dieu frottement qui va produire et le feu et l'amour. »

L'eau

Bachelard analyse l'imaginaire de l'eau, qui est lié à l'amour chez Novalis.

Pour l'eau, Bachelard évoque Edgar Allan Poe, dans L'Eau et les Rêves127. Dans La Psychanalyse du feu, il parle de l'« étang de la Maison Usher »128. Bachelard commente également l'œuvre de Novalis, qui exprime dans son Henri d'Ofterdingen (roman inachevé) des images de maternité et de jeunes filles au contact de l'eau :

« Les êtres du rêve, chez Novalis, n'existent donc que lorsqu'on les touche, l'eau devient femme seulement contre la poitrine, elle ne donne pas des images lointaines. »

De plus, pour Novalis, l'eau est une « flamme mouillée ». On voit bien ici que, dans l'imaginaire poétique, les quatre éléments ne sont pas cloisonnés de manière rigide ; ils peuvent au contraire communiquer, comme chez Novalis où l'eau transfigure le feu et vice-versa. Bachelard classe aussi Swinburne parmi les poètes hantés par l'« ondine ».

Bachelard est cité en incipit de Bulles de Peter Sloterdijk, un ouvrage également consacré à l'imaginaire aquatique au cours de l'histoire de l'humanité.

L'air

Pour l'air, Bachelard consacre un long passage à Nietzsche dans L'Air et les Songes. Il s'intéresse ainsi à l'esthétique (Le Cas Wagner) et à la production poétique (Le Gai Savoir et Ainsi parlait Zarathoustra, entre autres) de Nietzsche, en plus de lui emprunter certaines de ses intuitions sur le désir et sur l'imagination. Il déclare :
« Nietzsche est le type même du poète vertical, du poète des sommets, du poète ascensionnel. »

L'esthétique nietzschéenne se caractérise par la légèreté, notamment dans les arts rythmiques (musique, danse et poésie), contre la « lourdeur névrotique » de Wagner.
Bachelard analyse aussi, dans le même livre, les poètes marqués par la « sylphide » que sont Shelley (« poésie aérienne », p. 52), Balzac (« ascension psychologique vécue », p. 70) et Rilke (« impression dynamique de légèreté », p. 44). Sa psychologie de l'air s'inspire de manière remarquable de la métaphysique bergsonienne de la mobilité, notamment lorsque Bachelard caractérise l'élément aérien comme la coïncidence mouvante de l'être intime (l'être du rêveur-poète) avec l'Être tout entier (l'être cosmique) : le monde est lui-même « voyage », et le rêveur voyage avec le monde, non dans le monde : la fusion aérienne n'est pas la consumation brûlante de l'être que l'on trouve dans la poésie marquée par l'élément igné.
« Jamais le rêveur aérien n'est tourmenté par la passion. (p. 57) »
En effet, le poète de l'air se meut dans la douceur ; il est transporté, protégé, comme le rêveur de l'eau qui est bercé par l'eau maternelle. La continuité entre l'eau et l'air se manifeste précisément dans le passage du « transport flottant bercé par les eaux » au « transport volant porté par les airs ». Au contraire, le poète du feu risque la dissolution complète de son être dans l'élément naturel, il dissipe toute protection dans une rêverie flamboyante et passionnée.
Néanmoins, l'air et le feu ont en commun l'élévation, l'ascension :
« La méditation de la flamme a donné au psychisme du rêveur une nourriture de verticalité, un aliment verticalisant. Une nourriture aérienne, allant à l'opposé de toutes les « nourritures terrestres », pas de principe plus actif pour donner un sens vital aux déterminations poétiques. »
— La Flamme d'une chandelle (1961), p. 4.

La terre

Gaston Bachelard analyse l'imaginaire de la terre dans deux ouvrages : La Terre et les Rêveries de la volonté et La Terre et les Rêveries du repos.

Bachelard était un épicurien aux liens très marqués pour la terre et ses fruits. Son enfance à Bar-sur-Aube a sans doute influencé son attirance pour les escarpements, l'eau et la terre ; ainsi y fait-il allusion, dans L'Eau et les Rêves. Tout en expliquant l'origine du nom donné à son pays, il en décrit les caractéristiques : « le Vallage, un pays ainsi nommé en raison du grand nombre de ses vallons ». Bachelard était un terrien, éloigné de la mer : « J’avais presque trente ans quand j’ai vu l’Océan pour la première fois », écrit-il au début de L'Eau et les Rêves, et ne voyageant qu'en des contrées proches de la France. De Paris, il aime surtout la Place Maubert où il fait son marché et dont il goûte les fruits, chose rare en ce temps pour un homme : « c’est mon village, autour il y a Paris, me dit-on ». Bachelard reste avant tout un homme de terroir, aimant les longues randonnées avec ses amis. Il aime sentir cette terre, en apprécier la chair et les vins. De Voigny où il a habité et où sa fille Suzanne est née, il se rendait à Bar-sur-Aube à pied, par les collines. Un sentier de grande randonnée de pays correspondant à un circuit en boucle de 29 km, au départ et à l'arrivée de Bar-sur-Aube (son bourg natal autour duquel il aimait se promener), a justement été balisé en sa mémoire et baptisé en son nom.

François tchin

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Messagepar bozart » 21 janvier 2024 à 10h34

Merci pour ta contribution !

J'ai lu Bachelard également : sa pensée et sa façon de parler du monde ne correspondent pas du tout à ma propre perception.
À mes yeux, le contenu de ses écrits est dominé par une vision anthropocentrique exacerbée, jusqu'à inventer des tournures, des formules, des correspondances censées ancrer la pensée et lui donner de l'ampleur, là où je ne vois que des effets de manche, manifestations de croyances et de stéréotypes auxquels je n'adhère absolument pas.
La psychanalyse me fait fuir, je la vois comme un carcan étouffant, dangereux dans ses injonctions, ses limitations, et très imbue d'elle-même.

Concernant l'énergie, pour en dire encore un mot, je la perçois toujours comme le résultat d'interactions.
Ça peut être l'énergie du vent, celle qui pousse le sang dans les artères, celle de la sève des arbres, celle qui déplace un glacier ou des roches, etc etc....
Rien qui la limite, en réalité. C'est notre perception du temps et de nous-mêmes qui est limitée.

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miguelcervantes
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Messagepar miguelcervantes » 21 janvier 2024 à 20h00

bozart a écrit : Merci pour ta contribution !

J'ai lu Bachelard également : sa pensée et sa façon de parler du monde ne correspondent pas du tout à ma propre perception.
À mes yeux, le contenu de ses écrits est dominé par une vision anthropocentrique exacerbée, jusqu'à inventer des tournures, des formules, des correspondances censées ancrer la pensée et lui donner de l'ampleur, là où je ne vois que des effets de manche, manifestations de croyances et de stéréotypes auxquels je n'adhère absolument pas.
La psychanalyse me fait fuir, je la vois comme un carcan étouffant, dangereux dans ses injonctions, ses limitations, et très imbue d'elle-même.

Concernant l'énergie, pour en dire encore un mot, je la perçois toujours comme le résultat d'interactions.
Ça peut être l'énergie du vent, celle qui pousse le sang dans les artères, celle de la sève des arbres, celle qui déplace un glacier ou des roches, etc etc....
Rien qui la limite, en réalité. C'est notre perception du temps et de nous-mêmes qui est limitée.


Merci pour ton retour sur mes commentaires, Bozart. J’apprécie.

Il y a en effet une critique à faire de Bachelard. J’y vois comme toi l’expression d’une subjectivité. Je suis d’avis, comme toi sans doute, qu’il suggère beaucoup sans jamais rien démontrer selon des critères objectifs. Je suis également d’accord avec toi que la psychanalyse n’est plus aujourd’hui considérée comme une science.

Je me demande d’ailleurs s’il y a moyen d’analyser scientifiquement l’imaginaire.

Plusieurs auteurs ont écrit sur l’imaginaire, notamment, outre Bachelard, Gilbert Durand et Jean-Paul Sartre.

Ce que je retiens notamment de Bachelard, c’est l’idée que les poètes s’expriment au moyen d’images et de réseaux d’images. A priori, une étude savante des images utilisées par tel ou tel poète devrait être possible. Mais une telle étude savante sera-t-elle scientifique? J’en doute.

Je note entre autres que Bachelard, dans ses essais sur les « éléments », ne présente jamais d’analyse statistique. Je ne crois pas non plus qu’il définisse rigoureusement aucun critère ou grille d’analyse.

J’ai connu la pensée de Bachelard il y a très longtemps, voilà près d’un demi-siècle, dans le cadre d’un cours collégial sur la critique littéraire. Or, la critique littéraire ne me semble pas être une science, non plus que la psychanalyse. Nous sommes d’accord là-dessus toi et moi.

Qu’est-ce alors que la critique littéraire et la critique d’art?

Je dirais, sous toutes réserve, que la critique littéraire et la critique d’art valent dans la mesure où elles ouvrent notre regard et élargissent nos horizons. C’est en ce sens que j’apprécie la contribution de Bachelard. J’aime son idée d’analyser des œuvres poétiques à partir de « réseaux d’images », bien qu’une telle approche puisse être, comme tu le soulignes, très subjective.

Tu dis que la vision de Bachelard est anthropocentrique. C’est exact. Tu dis aussi que cette vision anthropocentrique est exacerbée. Pas sûr.

Je pense que toutes les œuvres d’art sont anthropocentriques dans la mesure où elles témoignent toujours d’un regard humain. C’est justement en cela que l’Art se distingue de la science qui a priori tente de décrire et comprendre la Nature telle qu’elle est en soi, objectivement, en l’absence de toute subjectivité humaine. Est-ce possible? Je ne le sais pas. Mais j’adhère à ce projet de la Science, tout comme j’adhère au projet de l’Artiste d’exprimer sa vision selon son ressenti.

Comme je l’ai souvent suggéré ici sur RP, je suis d’avis que la Science et l’Art sont deux contraires bien faits, dans la mesure où en Science, l’intuition propose et la raison dispose alors qu’en Art, c’est le contraire : la raison propose et l’intuition dispose.

Au vu de ce que je connais ici de toi, Bozart, je pense que tu es un artiste en ce sens notamment que les photos que tu nous présentes ne me semblent jamais avoir pour but de témoigner d’une quelconque réalité objective, scientifique et prosaïque. Tu nous proposes toujours des visions issues de ton imaginaire créateur.

J’aime discuter avec des artistes comme toi.

Au plaisir de te voir et revoir ici, et de poursuivre nos échanges.

François super11 tchin tchin


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